Mais personne, jamais, ne s’éteint

Mais personne, jamais, ne s’éteint;

Vous parlez tout bas derrière le brouillard,

Douces évanouies,

Légères à ma solitude.

Je ris avec vous dans le silence ;

Vous répondez à ce que je tais.

Mes oiseaux,

C’est à moi maintenant de vous redonner corps;

Que vos coeurs se dégèlent au creux chaud des églises,

Que vos pas incertains retrouvent la danse…

Obscure, je tisse votre lumière,

J’articule un trousseau de vent,

Je couds votre Présence.

©Asoh

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Porte fée

                         


Que coule à travers moi l’eau des forêts, 

La lumière des tiges perlées,            

L’humus,            

La mousse,            

Comme autant de flammèches ;             

Vois tu dans ma main fleurir les étoiles ?              

De toute ma maladresse,              

Timide,              

Gauche,              

Je m’essaie porte fée,              

Ma robe est une valse,              

Et si mon pas hésite,              

Pourtant je tourne,              

Comme la mélopée de la pluie en automne,              

Penche toi,                

Écoute le ramage de la pluie dans le soleil,                

Un miracle,                

Une forêt,              

Une île…                

Même si tout s’accroche,                

Même si tout se tend,                

Si tout se fend…                

Ce que je ne sais pas dire.

Anne Sophie Oury Haquette

Le jour d’hiver

Le Jour d’Hiver

Le long jour d’hiver dormait encore dans ses draps blancs…

J’ai quitté la maison

-la porte reste ouverte-

Le ciel roule ses voiles au ras des champs qui s’allongent,

Contre les herses d’arbres nus, comme soldats désoeuvrés…

J’ai marché…

Tout ce jour, je l’ai tricoté du haut de la colline,

A vous aimer encore à chaque maille jetée,

Les bras dépliés,

Les pieds dans la terre gelée

-mais dansants !-

A piquer des étoiles, des rires, des chaleurs,

Voici que je balance au- dessus des murs,

A travers les grillages ;

C’est comme broder des délices dans la boue !

Ancrée, je bondis au-delà des naufrages !

La courte journée d’hiver s’est jetée dans l’eau du fleuve,

Là, tout en bas…

Je redescends chez moi ;

Les oiseaux sont passés,

Le cerf…

Le chat dort toujours sur la chaise…

Allumer le feu,

Réchauffer la soupe,

M’asseoir devant la nuit de la fenêtre…

Je pose sur la table les ors du jour ;

Ce qui a été, ce qui est ou essaie d’être,

Ce que je veux qui soit ;

Ils scintillent,

 Ils chuchotent….

Toute la nuit,

Dos courbé,

Mains griffées,

Près du chat qui s’étale,

Je vais les coudre en arabesques,

En boules d’un autre Noel…

Et les regarder vivre…

Et vous regarder vivre.

Anne Sophie Oury Haquette

Mes doux fantômes…

Mes doux fantômes sentent les étoiles sur la neige,
Le crissement de l’herbe au midi de l’été.
Ils me suivent des yeux du haut de la passerelle
Où souvent ils dansent,
Ils me suivent du coeur
Moi qui passe dans mes manches de souci…

J’ai posé pour eux sur le rebord de la fenêtre
Une orange piquée de girofle,
Le tourbillon de la danseuse coquelicot
(Oh cet après-midi là !)
Les gaufres,
Le sel sur nos visages.

J’ai posé la chaude attention de tes mains,
La caresse de tes yeux lissant mon front,
Et j’ai dansé.

Texte et photographie ©ASOH

La couturière

Une ombre de couturière s’endort à la fenêtre, fatiguée de ses vieilles histoires…
Mais aujourd’hui… voilà …
il neige !
La toile lourde devient mésange sur ses genoux,
Dentelle au carreau…
Presque s’envole !
Je découpe alors tous les mots de tes lettres, un à un,
……
Anne Sophie Oury Haquette

extrait de La couturière, texte et photographies ©Asoh

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Et s’il fallait exister encore,
Si je pouvais…
Il me faudrait cette roseraie,
Bientôt nue,
dans la lumière de ce matin d’octobre…
Il me faudrait l’église ouverte
où déposer l’ex-voto brodé…

Et que ton nom danse toujours
sur l’ourlet rouge de mes vieilles dentelles!

Prier l’abeille de bien vouloir rester,
encore un peu,
vivante,
les jardins stériles de nous pardonner
l’oubli de leurs berceaux,
et nos enfants
de garder chaude la mémoire,
comme un fardeau voulu,
presque heureux,
de brisures et de chaînes de coeurs.

Texte et photographie ©Asoh

 

L’or des forêts

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J’ai creusé à mains nues
Jusqu’à trouver la source de l’or des forêts,
Entre les ronces,
Les nœuds de l’écorce,
Où il est le plus chaud..

Je plonge la main,
Le bras,
Ma couronne d’immortelles,
Ma robe grise…

L’ étendre sur la mousse,
Lire, à voix haute,
Les nervures,
Les stries,
Les carapaces,
L’astragale,

Lire l’alouette…

Prendre mille fois ta main
Où s’encensent le souffle de l’herbe,
La parole de l’arbre,
Devenus tiens..

 Et je revêts la robe muée,
Baignée d’aurore.

Anne Sophie Oury Haquette.

17 Août 2018

Photographie Asoh

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Les oiseaux des enfants se sont perdus
Dans une mousson de boutons d’or…
« il faudrait les repêcher… »se dit elle…
Mais les enfants eux- mêmes ont disparu…

Alors elle se balance aux arbres qui vaguent,
Oublie l’ordre qu’il faudrait au jardin,
Pleut dans l ‘éparpillement de l églantier,
Et boit, jusqu’à la dernière goutte,
La liqueur douce amère de ce jour qui déjà
Touche à sa fin.

Anne Sophie Oury Haquette

22 mai 2018

Photographie Asoh

La Complicité

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Si j’arrête là ma course,
Près de la sauvagine qui tremble à la source,
J’aurai peut-être marché jusqu’au bout de moi.
Il me faudra alors devenir légère,
Aussi frémissante que l’eau, ou la tige penchée,
Ou peut-être arche de lumière sur la feuille,
Ce dos moite où la sueur scintille,
La gorge de l’oiseau,
Le berceau de l’arbre,
Juste, la complicité.

Anne Sophie Oury Haquette